PEPE, CURRO ET MANOLO



C'est le Pape qui l'a dit : dans la crèche il n'y avait ni âne ni boeuf, et les Rois Mages ne venaient pas d'Orient, mais d'Occident, et plus précisément d'Andalousie. Ce qu'il ne pouvait pas savoir est qu'ils s'appelaient Pepe, Curro et Manolo, et qu'à la place du bœuf ils ont amené un toro.

En furetant il y a quelques jours dans le grenier d'une finca perdue de la sierra de Aracena pour retrouver les livres ganaderos de Manuel Rincón (avec succès), je suis tombé sur cette crèche dressée par un des petits-enfants du mythique ganadero dont je raconterai la vraie histoire dans l'opus 43 qui sortira fin janvier. Trois bergers berbères poussant devant eux leurs quelques moutons et un splendide toro vazqueño... Finalement le Pape a peut-être raison.

Ce qui n'aurait rien d'étonnant, quand on connait les habitudes du mundillo : de Noël jusqu'au passage des Rois - et plus encore depuis que le Pape leur a donné un passeport andalou - les taurins hibernent. Mais dès aujourd'hui ils vont se réveiller et reprendre à marche forcée les négociations pour boucler les ferias. À Valence, Perera ayant accepté de ne pas entrer dans un des deux meilleurs cartels pour en être, mais sans devoir assumer le mano a mano avec Fandiño face aux Fuente Ymbro, les cartels ne devraient pas tarder à être communiqués. Le plus marquant est que finalement Fandiño sera borduré, et que le mano a mano avec Jimenez Fortes se fera peut-être.

À Séville aussi les choses devraient s'accélérer, et comme elle l'a promis l'empresa devrait prendre langue avec l'apoderado du Juli pour essayer de trouver une solution : le plus probable est qu'il entre dans le cartel du dimanche de résurection si Manzanares en tombe, mais pas dans ceux de la feria qui seront télévisés. Car sinon, s'il acceptait, à quoi aurait servi son baroud de l'an passé pour les droits d'image ?

En France, on devrait aussi commencer à concrétiser, et à Arles d'abord, où la saison sera placée sous le thème du "torisme de luxe", sans pour autant oublier les figuras. La tendance générale, et il faut en féliciter les empresas, est de hausser le niveau du toro partout, même si ici ou là il doit manquer des noms prestigieux sur les affiches. Ce qui est malheureusement le prix à payer tant que tous n'auront pas compris qu'une époque se termine et qu'une autre vient de débuter.

Quels cadeaux les Rois Mages nous apporteront ? D'ici à quelques jours, voire quelques semaines, nous serons fixés.

André Viard