STRATÉGIE DE COMMUNICATION

Avant l'heure, ce n'est pas l'heure, et après l'heure non plus. Telle est l'amère leçon que le novillero Esaú Fernandez doit méditer depuis la malencontreuse gaffe de ses apoderados.

Vendredi après-midi, allumée depuis Séville, la bombe éclate sur de nombreux sites espagnols : "le 12 août, Esaú Fenández prendra l'alternative à Dax des mains de Morante et Manzanares face aux toros du Pilar."

Moins d'une heure plus tard, renseignement pris auprès de l'empresa dacquoise, France Bleu Gascogne fait part dans son journal de 17 heures du démenti formel présenté par celle-ci.

Que s'est-il passé ? Selon ce que nous avons pu savoir, des conversations ont bien eu lieu, laissant la porte ouverte à cette solution parmi quelques autres - dont l'alternative de Juan del Alamo - sans qu'aucun engagement ne soit pris par personne. Fort de ce contact, l'apoderado du novillero, pour faire le buzz autour de son torero en faisant parler de lui, a envoyé aux medias un communiqué présentant l'affaire comme faite.

Ce qu'il a mal mesuré, est l'impact de pareille annonce sur les aficionados, et, surtout, l'empresa dacquoise. En effet, si cette alternative aurait pu être envisagée, ce qui ne pouvait l'être était de la présenter comme un évènement. L'annonce, ne pouvait donc qu'être faite au moment de celle globale des cartels de la saison, ce qui en aurait banalisé... le manque d'intérêt. Mais en choisissant d'en parler de son propre chef plus de deux mois avant l'annonce de ceux-ci, l'apoderado d'Esaú a malheureusement produit l'effet inverse et mis en lumière ce manque d'intérêt que l'on préférait masquer.

Résultat, le démenti est tombé et l'affaire a été abandonné
. Esaú Fenandez ne prendra donc pas l'alternative à Dax, mais comme Juan del Alamo ne semble pas très chaud pour la prendre à Nîmes, peut-être le premier pourrait-il y tenter sa chance, à condition de n'en rien dire et de laisser l'empresa l'annoncer.

La morale de cette histoire est double : d'une part, il serait judicieux que les apoderados ne dévoilent pas des cartels que les empresas veulent annoncer elles-mêmes, avant, au moins, que les contrats ne soient signés, et à condition qu'on ne leur ait pas demandé la confidentialité ; d'autre part, il ne serait pas inutile que les medias vérifient les faits quand les infos qu'on leur donne proviennent de sources peu fiable, comme c'est le cas de l'apoderado d'Esaú qui en la matière n'en est pas à son coup d'essai.


André Viard