LA COURONNE DU CAMPO


Habituellement peu loquace, quand Eduardo Miura s'exprime c'est toujours pour livrer des analyses très fines. Président des ganaderos et de la Mesa del Toro, son avis est on ne peut plus autorisé.

Au quotidien Cordouan qui l'interrogeait, Eduardo Miura a dressé un tableau de la situation duquel ressortent trois informations essentielles.

La première, est que les fortes pluies qui tombent depuis deux semaines sur l'Andalousie sont en passe de causer des dommages sur diverses fincas, notamment dans la province de Cadix où les toros stagnent dans la boue ce qui peut laisser craindre à moyen terme un ramolissement de leurs sabots, avec les conséquences que cela entraîne : risque de faiblesse voire de perte.

La seconde est que le monde ganadero touche les limites de la surproduction occasionnée par l'euphorie consécutive au gonflement artificiel de la bulle des spectacles, laquelle, ayant crevé l'an passé, explique le surplus resté au campo. Prés de quatre mille toros. Cette réserve sera toutefois absorbée pour moitié l'an prochain grâce au déficit de production de la camada arrivant à l'âge de quatre ans en 2010, le nombre de spectacles, selon le président des ganaderos qui est tout de même bien informé, ne devant pas connaître le même taux de baisse.

La troisième est qu'en raison des deux premières l'économie des ganaderias n'est plus ce qu'elle était et que très peu de ganaderos vivent de leur métier, l'immense majorité s'estimant satisfaite de ne pas perdre, quand c'est le cas. En fait, selon le président des ganaderos, le prix des toros aujourd'hui est souvent inférieur à ce qu'il était il y a dix ans. Ce qui lui permet d'affirmer, et on le croit, que la ganaderia brave n'est plus, comme elle le fut, "la couronne des exploitations agricoles" ainsi qu'elle avait été joliement baptisée par un de ses aïeux.

Sauf bien sûr chez lui où, parce que lui-même et son frère Antonio depuis qu'ils sont en charge du troupeau, et suivant l'exemple de leur père, n'ont jamais cédé aux sirènes du profit, refusant d'augmenter le nombre de mères pour vendre plus de toros. Ce nombre est le même depuis soixante trois ans, l'année où Islero tua Manolete.


André Viard