DOMMAGES COLLATERAUX


Les stratégies complexes que ne clarifient pas la crise expliquent certains choix qui ne seront pas sans conséquence sur le profil de la saison.

À Madrid, certaines ganaderias habituelles de San Isidro font faux bond : deux toristas, Victorino et José Escolar (à moins qu'il ne s'agisse de faire monter la pression) et une des meilleures de la saison dernière, El Pilar. La raison ? Parole non tenue pour l'une, refus de baisser de catégorie pour l'autre, simple réponse à lameilleure demande pour la dernière.

À Madrid aussi, où José Tomas fera une fois de plus exploser le compteur des honoraires, il semblerait que Ponce fasse monter les enchères après son absence de l'an passée, attribuée par l'empresa au refus de venir du torero et par l'entourage de celui-ci à une absence de volonté de l'engager. Ponce souhaite semble-t-il venir cette année, à condition qu'on lui donne les mêmes honoraires que l'empresa de Séville a refusé de donner à José Tomas... Autrement dit, ce n'est pas fait.

Le spectre de la crise conditionne bien sûr toutes les programmations et les vieilles recettes ne sont plus forcément de mise : peut-on encore se permettre de glisser dans une feria des cartels faibles entre deux plats de choix ? C'est la question que semble se poser aussi Taurodelta à Madrid où l'on parle d'un rééquilibrage entre San Isidro et la Feria de l'Anniversaire, la première, ces dernières années, truffée de cartels bon marché et l'autre luxueusement rematée.

Comme l'an dernier, le véritable casse-tête des empresas va être de conjuguer soucis de rentabilité avec exigences des figuras, seules valeurs inexorablement en hausse dans une bourse taurine plutôt en baisse en raison d'un contexte social désastreux : ayant explosé tous les records de chômage l'Espagne est engluée dans la récession et les files d'attente qui s'allongent devant l'équivalent de nos ANPE n'incitent personne à vivre à la légère.

Comment ne pas craindre alors, tandis que le spectre de la misère frappe indistinctement à tant de portes, que ces histoires de millions d'anciennes pesetas ou de centaines de milliers d'euros que se disputent sans pudeur empresas et toreros, ne fassent en termes d'image de graves dommages collatéraux.


André Viard