LA GLORIETA FAIT LE BUZZ


À Salamanca on ne parle que de çà : les Chopera, profitant d'un banal conseil d'administration, ont débarqué leur oncle de la gestion de la Glorieta.

Le grand don Pablo doit se retourner dans sa tombe et l'immense don Manuel ne doit pas être très fier non plus de voir ses fils se comporter comme des affairistes voraces, au mépris des accords qui depuis quarante ans avaient fait des arènes de Salamanca dont les deux branches de la famille sont propriétaires, un négoce qu'elles exploitent en alternance tous les deux ans.

La crise n'épargne personne, et la casa Chopera n'a toujours pas digéré le fait d'avoir été reconduite à la frontière française l'an passé. Comme elle n'a pas digéré non plus le fait d'avoir été supplantée par l'oncle José Antonio à Zaragoza...

Comme la mule du Pape, la casa Chopera a de la mémoire. Sur Mont de Marsan et Bayonne elle ne put faire grand chose, alors elle s'est vengée sur Salamanca et l'oncle José Antonio en a fait les frais. La nouvelle a couru dans Salamanque comme une trainée de poudre et à peine de conseil d'administration terminé, Pablo Chopera lui-même l'a annoncé : alors que l'oncle José Antonio avait déjà réservé les toros de la prochaine feria de septembre et engagé José Tomas, c'est désormais avec ses neveux Chopera qu'il faut traiter.

Ce renversement spectaculaire s'explique simplement : s'estimant maltraité par son oncle José Antonio, Javier, un autre neveu, fils de son frère, a fait basculer la majorité en apportant à ses autres cousins les parts de l'affaire héritées de son père. Rien que de trés banal à l'aune de ce qui se passe quotidiennement dans les grande sociétés où les renversements d'alliance font partie du mode de gestion.

Pourtant, à Salamanque, ce qui a été remis en question par cette petite manoeuvre, c'est la tradition familiale de la casa Chopera toute entière, foulée aux pieds par les fils du grand Manolo qui n'aurait sans doute jamais cautionné pareille opération, même si en affaires il n'avait rien d'un innocent.

La lecture que l'on peut faire de cette péripétie salmantina est double : d'abord, bien sûr, les Chopera ont décidé de combler le manque à gagner français ; ensuite, à moyen terme, ils ont décidé de se mettre en ordre de bataille en vue de celle qui se livrera l'an prochain à Madrid où tout indique que les neveux se présenteront à la succession de l'oncle. Le coup bas de Salamanca, c'était juste pour se faire la main.


André Viard