L'UNE PLEURE, L'AUTRE PAS


Le temps est passé sans doute où chez nos voisins espagnols une vision uniforme de la tauromachie prévalait quelle que soit la région, le parti majoritaire et la force de la tradition.

Et il est au contraire prévisible que, forts du précédent catalan, des néos potentats locaux utiliseront de plus en plus souvent le levier "tauromachie" pour satisfaire leurs propres ambitions en usant tous les ressorts d'un clientélisme vieux comme le monde.

Douze habitants d'un quartier se déclarent anti taurins ? Il faut impérativement les écouter, leur ouvrir les portes et, le cas échéant, satisfaire à leur demande s'il est avéré que leur nombre peut être suffisant pour peser d'un poids quelconque sur les rapports de force locaux. Gouverner c'est arbitrer, mais c'est aussi prévoir. Et ce qui est prévisible est que cette guerre d'usure qu'ont décidé de mener les antis en Espagne, risque de déboucher dans un premier temps sur quelques déconvenues, avant de donner lieu ensuite à de sévères affrontements.

Même si cela peut paraître paradoxal, le monde taurin espagnol n'a pas encore trouvé son régime de croisière et s'interroge encore sur les actions à mener, hésitant toujours entre la stratégie de l'autruche - de moins en moins heureusement - et les effets grandiloquents de manches qui équivalent à sortir le canon pour abattre un moucheron.

À Dos Hermanas, le conseiller culturel n'a pas encore démenti n'avoir pas décidé de supprimer les subventions pour faire plaisir aux antis. Mais à Jerez en revanche, son homologue impose à l'empresa d'organiser une corrida supplémentaire... deux arènes, deux postures. L'une pleure, l'autre pas. Il est certain que la riposte est plus significative que l'attaque, mais au fond elle ne résoud rien. Car ce qui importe aujourd'hui en Espagne comme cela a été fait en France, est de mettre au point une dialectique, une stratégie, et de se doter des moyens pour, avec l'une, faire avancer l'autre. Il ne s'agit ni plus ni moins que de politique, au sens large du terme, et sur ce terrain les antis n'ont pas encore démontré avoir tout compris
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André Viard