L'ETAT SE SUBSTITUE À L'OBSERVATOIRE


Dix jours après avoir invoqué le risque de "déni d'identité" que constituerait le fait d'interdire aux mineurs d'entrer aux arènes, le directeur de cabinet du président de la république écrit aux associations anti taurines qu'une commission va être constituée pour étudier le problème. Nous n'en espérions pas tant !

Mais pourquoi confier cette mission au ministère de l'Agriculture et non pas à celui de la Santé puisque la question qu'il s'agit d'étudier est celle des "ravages" produits par les spectacles taurins sur nos enfants ? Prendrait-on ceux-ci pour des veaux ? O
u considère-t-on en haut lieu que ce dossier doit rejoindre le ministère qui a finalement eu le plus de contacts avec la tauromachie en raison des nombreux problèmes posés par la langue bleue ?

En fait, sans doute pour rassurer les plaignants, l'étude de cette question va être confiée à "un groupe de concertation avec l'ensemble des acteurs concernés sur les questions du bien-être et de la protection animale", autrement dit à tous les gens qui militent pour l'abolition des corridas, ce que le monde taurin n'acceptera pas sans que soit correctement posé l'objet de l'étude, dans la mesure où si ce n'était pas le cas cela signifierait pour lui être jugé par contumace et bien sûr condamné... ce qui ne semble pas du tout être l'intention première.

Deux éléments de ce courrier montrent en effet que loin d'être mal engagée, l'affaire pourrait prendre un tour extrêmement favorable pour nous : "la corrida est fortement ancrée dans l'identité de certains de nos territoires" y est-il rappelé, et "le président de la République a convenu que votre proposition d'interdire la corrida aux mineurs, dans la mesure où elle existait dans d'autres pays, pourrait être étudiée en France, ce qui ne constitue pas un engagement à présenter un texte". Autrement dit, puisque cela existe ailleurs on peut en étudier l'éventualité sans engagement. Or, c'est sur la foi d'une interdiction qui existerait en Espagne selon les anti taurins que l'on consent à étudier la question, interdiction qui n'existe comme chacun sait que dans la propagande anti taurine et en Catalogne pour les moins de 14 ans.

Vu sous cet angle, la création d'une commission d'étude ministérielle est une formidable occasion d'établir une fois pour toutes la vérité, à condition que celle-ci oeuvre avec compétence et indépendance. Ce qui ne saurait être le cas avec la commission pressentie dans la mesure où la protection et le bien-être des animaux, et la protection et bien-être des mineurs de moins de seize ans, sont des choses tout à fait différentes et qu'u
n "acteur concerné" par un de ces domaines n'est nullement qualifié pour parler de l'autre.

Sur quoi l'Etat s'est-il basé pour limiter la vitesse sur la route ? Sur les statistiques des accidents. Par quoi a-t-il motivé l'interdiction de fumer dans les établissements publics ? Par les coûts que représentent les maladies du tabac pour la collectivité. La démarche logique en ce qui concerne le degré de dangerosité de la corrida pour les mineurs est donc simple : combien de mineurs traumatisés par le spectacle de l'arène a-t-on eu à traiter dans les services spécialisés ces dix dernières années ? Telle est la seule question susceptible d'étayer l'une ou l'autre des positions en présence.

Dans la mesure où un ministère s'empare du dossier ce sera à lui de la poser, de manière officielle, à celui de la Santé, seul capable d'y apporter une réponse irréfutable. Et pour disposer d'éléments comparatifs qui ne le soient pas moins, deux autres questions doivent compléter cette enquête : combien de mineurs traumatisés par la télévision ou les jeux vidéos a-t-on recensé en France durant la même période ? Tant que la réponse à ces question ne sera pas apportée, aucune étude basée sur des certificats de complaisance ne saurait nous être opposable sans qu'un déni de justice ne s'ajoute à celui d'identité.

Cette étude statistique, seul élément concret d'un dossier dans lequel les arguments passionnés se neutralisent, l'Observatoire des Cultures Taurines s'est également donné pour mission de la mener à bien, mais nous ne doutons pas qu'une enquête ministérielle fera davantage autorité et aura les moyens d'aller bien mieux au fond des choses... sans que l'Observatoire ait à la financer. Que l'Etat se substitue à l'Observatoire en la matière est donc une formidable nouvelle, à condition que soient préservées les règles d'équité. Il importe donc que le ministère de la Santé soit invité à communiquer le plus rapidement possible ses chiffres, que la lumière soit faite et que les conclusions en soient tirées.


André Viard