VOYAGE AU BOUT DE LA MONDIALISATION


Après la mise en bouche de dimanche dont la presse mexicaine fait ses gros titres, "triomphe de Morante, cornada pour El Pana", pour les corridas de l'anniversaire qui auront lieu les 4 et 5 février prochain, l'empresa de la Monumental connaît quelques problèmes pour boucler sa programmation.

Au dernières nouvelles, Sébastien Castella, forfait deux fois déjà sur les trois contrats qu'avait un peu à la légère signé son apoderado précédent, pourrait y aller le 4 en compagnie de Morante et d'un ou deux matadors mexicains. Tous les yeux se tournent vers Joselito Adame, le seul, pensent les professionnels, susceptible d'aider les deux premiers à réaliser une entrée honorable. Rien n'est fait pourtant : lors des conversations qu'avaient maintenu ses apoderados et l'empresa, ceux-ci avaient demandé pour leur torero deux corridas bien placées sur le calendrier... et des honoraires que le second ne voulait même pas calculer en rêve.


Ponce pour sa part paraît certain le 5 mais aucune combinaison n'a filtré encore. La date est la meilleure de l'année et Ponce sans doute le torero le plus aimé à Mexico, mais il n'en demeure pas moins indispensable de bâtir autour de lui un cartel apte à faire le plein. Le nom du Cid a été évoqué mais ses apoderados et lui-même ne seraient plus très chauds, tandis que le Juli a rompu les négociations depuis longtemps. Reste le Pana peut-être qui a aidé Morante a faire la relative bonne entrée de dimanche...

Pourquoi parler autant de Mexico où nous serons finalement peu à nous rendre ? Pour plusieurs raisons dont une mérite d'être évoquée : en franchissant l'Atlantique on voyage au bout de la mondialisation, laquelle, en matière taurine, a pour effet de creuser l'écart entre le haut et le bas de l'escalafon, au point que l'argent demandé par les figuras ne correspond plus au pouvoir d'achat du spectateur moyen. Celui-ci se voit donc offrir dimanche après dimanche des toreros au rabais à portée de sa bourse, ce qui explique le lent et douloureux déclin d'une arène majestueuse qui ne croit plus à son destin.

Cette vision pessimiste est-elle également prémonitoire de ce qui nous attend ici ? Ce n'est pas à exclure, dans la mesure où les empresas européennes, sauf quelques rares exceptions, ne me semblent pas possèder le panache nécessaire pour apporter des solutions à cette situation totalement imprévue par elles : pour la première fois depuis longtemps, les principaux toreros aux yeux de l'aficion ne dépendent plus d'elles. En choisissant la rareté ils font monter les prix et peuvent se payer le luxe de dire non. L'effet pernicieux des abonnements permet encore aux empresas, mais plus à toutes, de rentabiliser leurs ferias sur quelques noms, ce qui pourrait d'un moment à l'autre ne plus être le cas : imaginez les dégâts si mille aficionados français abonnés dans nos arènes décident de suivre cette année Morante et José Tomas partout au lieu de s'ennuyer au spectacle des corridas alibis en forme de cache misère que certains ne manqueront pas de monter...


André Viard