QUESTION D'IMAGE



En moins d'une semaine, trois toreros ont été blessés dont deux très grièvement. Mais celui qui fait la Une de tous les médias, c'est Cayetano, discret, humble et élégant, comme vient de le qualifier Giorgio Armani dont il incarne désormais l'image.

Qu'on se le dise donc, au royaume de l'image les toreros ne brillent plus ni par leur hombria, ni par leur pundonor, ni par leur courage, ni même par leur mépris de la mort ! La qualité qui peut leur permettre de prétendre à la reconnaissance universelle est d'être photogénique. Juan Belmonte et Manolete peuvent se rhabiller. Quant à Padilla...

Quand aux trois blessés de la semaine, dont deux très grièvement, qu'ils se soignent et n'importunent personne... après tout, personne ne les obligeait à y aller. C'est un peu d'ailleurs ce que m'écrit un anti taurin furieux d'avoir appris que le toro ne souffre pas grâce aux bêta andorphines : "Il n'y a qu'à piquer et banderiller les toreros, comme cela ils ne souffriront plus non plus !"

Si l'on passe outre la bêtise méchante du propos, il n'en permet pas moins de vérifier que cette bonne nouvelle scientifiquement démontrée - les toros ne souffrent pas dans l'arène - ne réjouit personne du côté des anti taurins. En fait, elle contrarie terriblement leur discours à la mode qui fait de nous des tortionnaires et du toro un animal sans défense vivisectionné tout cru dans d'atroces souffrances.

Raté, les toros ne souffrent plus. Mais les toreros eux souffrent encore et apparemment, mis à part les aficionados, tout le monde s'en fiche... Ce qui permet de s'interroger : est-ce la corrida qui n'est plus à sa place dans le monde où nous vivons, où bien est-ce monde qui ne tourne plus très rond ?

André Viard