MOINS SAUVAGE ET PLUS BRAVE



S'il fallait essayer de comprendre l'évolution du toro et son adaptation au toreo contemporain que réclame le grand public, il suffirait sans doute de quelques mots.

Nul ne peut nier que comparé au toro du début du XXème siècle, le toro actuel possède une bravoure plus constante qui lui permet de répondre aux sollicitations des toreros lors de faenas de plus en plus longues, à tel point que le règlement andalou, comme c'est déjà le cas dans divers pays américains, évoque de déplacer le décompte des avis au moment où le torero prend l'épée.

Il n'est un secret pour personne que les avis ont considérablement perdu leur caractère de sanction pour ne devenir qu'un simple rappel à l'ordre : il est bientôt l'heure... Si cet état de fait se généralise, c'est tout simplement parce que les faenas sont plus longues. Jadis, écouter un avis était presque une marque d'infamie, dans la mesure où les faenas se résumaient à une vingtaine de muletazos fondamentaux avant que le torero n'aille chercher l'épée, incapable qu'il était dans bien des circonstances de tirer une passe de plus d'un toro devenu récalcitrant. La caste, ou la sauvagerie supérieure des toros de l'ancien temps était une raison suffisante pour abréger les faenas.

Dans la majeure partie des cas il n'en va plus ainsi aujourd'hui et les toreros profitent jusqu'au bout de la bravoure foncière plus importante. L'effet pervers de cette situation est bien sûr que le public attend des faenas de plus en plus longues, ce qui avantage les techniciens par rapport aux artistes dans la mesure où ces derniers jouent sur un registre plus profond qui exige davantage du toro. De là à dire que les artistes s'accomodaient mieux du toro "sauvage" que du toro durablement brave il n'y aurait qu'un pas... que bien sûr nous ne franchirons pas pour éviter la polémique, même s'il est évident que c'est face au toro "sauvage" des années trente que les grands stylistes post belmontiens s'exprimèrent le mieux.

André Viard