LES CHIFFRES ET LES LETTRES



En annonçant le cartel qu'il compte offrir aux aficionados le jour de l'Andalousie à Ecija, José Jésus Cañas met le doigt sur une des contradictions d'un système où la soif de profit aboutit le plus souvent à ne réunir les figuras sur l'affiche qu'en cas de nécessité absolue.

Annoncer fin février dans une arène de 8200 places trois des toreros les plus "chers" de l'escalafon - Morante, Castella et Cayetano - face à une des ganaderias les plus en vogue, dénote donc un grand savoir-faire mais aussi un immense talent de persuasion.

Sans trahir aucun secret, la somme des honoraires demandés par ses trois toreros dans une arène de cette capacité et le prix de vente de la corrida aboutissent à un total de dépenses de prés de 250.000 euros, ce qui suppose, pour couvrir l'investissement, la vente de 8000 billets à 30 euros de moyenne, pour laisser à l'empresa faire son bénéfice sur les 200 restant.

N'importe quel chef d'entreprise sachant compter aboutira à la conclusion que le jeu n'en vaut pas la chandelle et qu'il existe sans doute quelques cartes cachées.

Pour les taurins, elles sont au nombre de deux : à cette époque de l'année et après une coupure hivernale plus ou moins longue, les toreros ont besoin de se familiariser avec le ruedo, le public et le costume de lumière en même temps. Ils ont besoin aussi, surtout dans le cas de figuras, de vérifier leur indice de popularité, ou plutôt d'apporter la preuve de leur pouvoir d'attraction à un moment où se négocient toutes les courses de la saison et où les valeurs s'avèrent fluctuantes. Autrement dit, un plein à Ecija en février peut servir à consolider les gains de juillet.

Dans ces conditions, tout impresario avisé, et José Jésus Cañas l'est, sait pouvoir compter sur la collaboration de ceux qui, plus que des employés temporaires, deviennent ses associés. Telle est donc la lecture que l'on peut faire de cette affiche prestigieuse, tant il peut paraître incompréhensible autrement que les négociations de Castellon et Valence, arènes plus grandes et donc plus riches, buttent au même moment sur des questions d'argent.

André Viard