CASSE-TÊTE CHINOIS



Monter une feria, grande ou petite, est toujours un exercice de haute volée au terme duquel il importe de s'être fâché avec le moins de monde possible, ce qui n'est pas évident.

Car a priori les postes à pourvoir sont moins nombreux que les prétendants et qu'il faut en outre compter avec les humeurs de tous ces messieurs. Sans que l'information ne parvienne toujours au public les coups bas font souvent mouche et il est fréquent que dès qu'il en a le pouvoir un torero en abuse pour écaater de sa route ceux de ces confrères qu'il juge trop gênants.

Des pratiques immémoriales qui ne grandissent pas ceux qui les utilisent aux yeux du mundillo mais qui servent aussi parfois à affirmer la hiérarchie : si Fulano refuse de toréer en compagnie de Mengano et que l'empresa accepte, c'est que le premier est plus important que le second.

Parfois, le boycot prend un tour plus sournois, le torero qui le peut préférant indiquer avec qui il préfère toréer que de dire avec qui il ne veut pas le faire, ce qui au bout du compte revient au même.

À de rares exceptions prés ces informations demeurent confidentielles, car on ne sait jamais. Le boycotté d'aujourd'hui peut devenir boycotteur en puissance et entre les deux l'empresa complice pourrait avoir à payer les pots cassés. L'omerta s'impose donc... même si dans le mundillo chacun sait.


André Viard