L'AUTRE TORERO COLOMBIEN



César Rincon s'en va et un autre torero colombien arrive. Et sans avoir connu pour l'instant un concours de circonstances exceptionnelles propres à le catapulter au sommet, Luis Bolivar avance sans faillir sur le bon chemin.

Les aficionados, et j'en fais partie, sommes souvent trop pressés. À peine un torero se signale-t-il par quelque prouesse, que nous voudrions le voir rivaliser au plus haut niveau avec ceux à qui l'ancienneté confère une virtuosité difficile à égaler. Résultat : les anciens s'accrochent et les jeunes disparaissent.

Qui ne se souvient, pourtant, de la somptueuse prestation de Luis Bolivar alors novillero lors d'une tarde madrilène, quand son toreo profond et engagé le fit comparer par de nombreux observateurs aux maestros les plus classiques ?

Loin de lui valoir une plus-value, ce triomphe lui coûta son innocence : scruté comme s'il se fut agi d'un maestro confirmé, il en perdit les papiers et subit la sanction.

Qu'importe ! Sans se décourager, Luis Bolivar poursuivit sur une trajectoire guère facile, prit une cornada "de cheval" en même temps que l'alternative, puis sembla s'essoufler un peu avant de revenir au top, à Madrid encore, où un président guère généreux lui vola une oreille lors de la dernière feria d'automne.

Qu'importe encore ! Sans toujours se décourager, Luis Bolivar est parti chez lui, en Colombie, où il a hier obtenu l'indulto d'un grand toro de Rincon dans les arènes de Manizales au terme d'une faena qualifiée d'exceptionnelle.

Une médaille de plus sur la poitrine de ce généreux torero à qui l'aficion rendra sans doute un jour raison.

André Viard