LES PRESIDENTS ET NOUS

Alors qu'un lobying intense est fait auprès des députés français pour leur présenter la tauromachie sous un jour détestable, il convient de préciser que depuis vingt-cinq ans la culture taurine bénéficie au sommet de l'Etat d'une bienveillante neutralité grâce, aussi, au respect manifesté par les deux derniers Présidents de la République.

Etant tombé par hasard sur l'émission de Michel Drucker - ami des animaux et anti taurin de base - au cours de laquelle le chanteur Renaud - autre anti taurin de base -, larmes aux yeux après avoir interprété la chanson écrite en l'honneur de la chienne "Baltique" que François Mitterand aimait tant, rappelait à Danièle Mitterand combien il avait été ému d'être reçu jadis par le président à Latche, je ne résiste pas à la tentation de faire - moi aussi car il y a prescription - une révélation en ce jour de commémoration.

Dans le bahut servant de bar et situé à l'angle nord-est du salon de Latche, le président François Mitterand avait épinglé le cadeau rapporté d'Espagne par son ami Henri Emmanuelli : un superbe cartel de toros sur lequel on pouvait lire : "Domingo 10 de mayo 1981, plaza de toros de Las Ventas, Madrid, seis toros de Carlos Nuñez para Paco Camino, François Mitterand y Manuel Benitez "El Cordobes".

Cela, Renaud ne l'a pas dit... et on imagine mal pourtant qu'il ne l'ait pas vu... J'ajouterai pour être honnête que François Mitterand n'était pas aficionado - son fils Gilbert oui - mais qu'il respectait cette culture enracinée dans la région qu'il avait faite sienne depuis longtemps déjà.

Au risque de paraître pédant - mais dans le flot des témoignages dont on nous abreuve ces jours-ci le mien passera heureusement inaperçu - je dois à la vérité de dire qu'en visite à Latche en juin 1984 alors que je me remettais d'une cornada et que ma cuisse était bandée, le Président avait manifesté beaucoup d'intérêt pour la "folie" qui poussait les toreros à risquer leur vie en piste, son sourcil gauche ironiquement levé signifiant cependant sans équivoque possible qu'à mon âge j'avais sans doute mieux à faire.

Pour respecter la parité, il convient de dire aussi que j'eus la surprise, au printemps 1997, de recevoir une lettre du président Chirac à qui, alors qu'il était en vacances à Eugénie les Bains chez Michel Guérard, on avait offert "Le Mythe du Taureau" sorti quelques mois plus tôt. Peu aficionado pourtant, le Président avait tenu par son courrier à manifester tout le respect qu'il avait pour "une culture immémoriale dont les racines plongeaient dans la nuit des temps."


Que demander de plus ? Que cette tradition d'intelligent respect vis-à-vis de notre culture soit partagée par les futurs présidentiables, dont certains des mieux placés sont, eux, des aficionados déclarés.

André Viard